Littérature
A la Une

La responsabilité des journalistes culturels en Côte d’Ivoire

La Côte d’Ivoire est dotée d’une loi culturelle selon la loi n° 2014-425 du 14 juillet 2014 portant politique culturelle nationale avec plusieurs articles dont « la favorisation du libre accès de toutes les populations aux arts, à la culture et à l’éducation artistique ». Ce qui traduit le droit des populations ivoiriennes à avoir accès aux arts, à la culture et à l’éducation artistique. Pourquoi l’éducation artistique ?  L’éducation artistique du public permettre une meilleure valorisation de l’artiste et de son œuvre ; une meilleure consommation et une bonne connaissance de son patrimoine culturel matériel et immatériel. Comment les journalistes culturels peuvent faciliter cette éducation artistique du public qui devrait lui permettre de faire de bon choix de consommation culturelle ? Le public consomme mieux un produit culturel lorsqu’ il a un minium de connaissance sur l’univers qui a vu naître l’œuvre de l’artiste.

Sans éducation artistique du public, il ne peut y avoir de consommation culturelle durable. L’éducation artistique du public incombe aux journalistes culturels. Il y a des responsabilités  qu’il faut mettre  en relief parce qu’elle équilibre toute une société. Les arts et la culture occupent une place importante dans le développement de la Côte d’Ivoire. Etre garant de l’actualité culturelle en Côte d’Ivoire est une énorme responsabilité pour les journalistes culturels. Avons-nous déjà réalisé l’ampleur de cette responsabilité ? C’est en cela que Jean Luc LAGARDETTE, auteur et journaliste dit et je cite : « Pensez au lectorat ! Vous êtes un médiateur entre lui et le monde. Il compte sur vous pour trouver ce qu’il a besoin de savoir pour mener au mieux son existence ». Ce qui signifie que l’équilibre et l’épanouissement culturel et artistique du public incombe au journaliste culturel. Il faut savoir que le rôle du journaliste culturel dans la promotion  des arts et de la culture par les medias est un enjeu  majeur pour la stabilité culturelle et artistique de la Côte d’Ivoire. Le journaliste culturel est un intermédiaire entre le produit et le public. Il est le lien, la transition entre le champ d’activité culturelle et la société représentée par le public (lectorats, auditeurs, téléspectateurs). Le journaliste culturel a le devoir de porter les faits culturels au public afin que ceux-ci se fassent une opinion. Il est aussi un prescripteur, c’est à dire une personne qui, de par ses conseils, ses recommandations, exerce une influence sur la consommation culturelle du public.

Le domaine culturel étant vaste et source de divers produits culturels, considéré comme des biens d’expérience, la prescription devient nécessaire surtout pour le grand public. Il est devenu indispensable au point où son influence crée les tendances. En France par exemple, les consommateurs de cinéma auront toujours besoin d’une prescription des journalistes pour faciliter le bon choix de consommation. Le journaliste culturel en tant que critique ou prescripteur peut faire ou défaire une œuvre car il a la maîtrise du cycle de vie d’un produit culturel. Grâce à cette fonction, le journaliste culturel influence le public en servant de filtre des œuvres d’arts. Il faut que les journalistes culturels  sachent  que leur l’impact sur le public n’est pas fortuit. Soit  il tue l’éducation artistique du public soit il l’enrichi. Plus son impact  enrichi l’éducation artistique du public, plus il valorise l’œuvre, plus il favorise la consommation culturelle, plus l’identité artistique prend forme, plus les industries culturelles  ont une meilleure lisibilité, plus notre patrimoine culturelle est riche et préservé, plus nous sommes un peuple avec des repères artistiques et culturels. Pour que cela soit pleinement possible, les journalistes culturels en Afrique en générale et en particulier en Côte d’Ivoire doivent exercer sans limite cette fonction.

L’exercice du métier de journaliste culturel

Le journaliste culturel est une catégorie de journaliste professionnel qui, dans l’exercice de sa fonction, s’intéresse et aborde l’art et la culture dans toutes ses formes d’expressions (Musique, danse, théâtre, cinéma, peinture, mode, littérature, gastronomie etc.). Formé en la matière, il possède une parfaite connaissance de son champ d’investigations. Dans sa fonction, en plus de l’utilisation des vieilles règles du journalisme comme le compte rendu, il se doit d’apporter des critiques, des analyses et des jugements de valeur afin de relever les mérites ou imperfections d’une œuvre. Il est aussi un promoteur d’événement culturel doublé d’une casquette de prescripteur culturel.  Jérôme GARCIN journaliste culturel et critique français dit et je cite « Si l’on prend les vieilles règles ou lois du journalisme comme le compte rendu, le reportage, l’interview, l’enquête : tous ces modes d’expressions journalistiques sont entièrement applicables au journalisme culturel.… Le journaliste d’actualité, sociale ou politique, est beaucoup plus soumis aux règles et aux impératifs de l’actualité, que le journaliste culturel. Dans l’idéal, celui-ci ne doit pas traiter simplement de l’actualité du livre ou du cinéma, mais tenter de dégager des lignes d’analyse, d’inventer des concepts, de créer des idées à partir de ce qui se fait. Il doit, à partir de l’actualité, comprendre ce que sont les tendances, les modes…».

C’est de la responsabilité du journaliste culturel d’éduquer le public à travers des analyses, des critiques, des portraits et bien autres. Les journalistes de la culture doivent aller au-delà de la simple information pour analyser et critiquer. C’est ce qui produit l’éducation du public qui est un bouclier contre la perte du patrimoine culturel. Ce n’est pas parce que les vedettes du théâtre ou du cinéma en Côte d’Ivoire dans les années 70 à 90 ont presque tous disparus aujourd’hui que ces domaines ont régressés. C’est parce que l’éducation artistique pour ces disciplines  n’a pas été  ou simplement a échoué.  Dans le domaine de la consommation culturelle, quand un public manque d’éducation artistique, les œuvres viennent et disparaissent comme un feu de paille sans laisser de trace et son inspirer d’autres a suivent ce concept.

La Côte d’Ivoire musicale aurait pu afficher une identité musicale sans pareil si elle avait compris l’orientation  de l’artiste musicien et arrangeur Nst Cofie’s. Il avait tracé une route  qui aurait pu mettre la musique ivoirienne sur le toit de l’Afrique.’’Z à Z, l’alphabet musical commence. Chez nous au pays tout ce chante en Z : . Si, le zouglou a été perpétré avec une bonne éducation artistique. C’est parce que les medias et  les journaliste culturels qui ont aidé à pérenniser cette musique qui a donné des groupes comme Magic System. Malheureusement, cela n’a été le cas avec le Ziglibity d’Ernesto Djedje et  le Zogôda Nst Coffie’s. On peut toujours y arriver avec le Ziguehi avec tous ces ténors qui ont donné naissance au Nouchi. Le Zoblago de Frederick Ehui Meiway, est là. Que faisons-nous ? Plusieurs d’autres concepts ont  été crée et disparut après comme des feux de paille. Nous n’avons pas aidé le public a s’inspiré à travers une bonne éducation artistique.

Que croyons-nous ? Si la musique d’Arafat  DJ a eu une sacré audience, c’est parce que  ces fans  savaient sa vie et ce qui l’avait inspiré, Sa révolte, ces douleurs, sa colère, son enfance difficile, sa lutte pour son devenu. Voila autant de chose que  le consommateur doit savoir  pour mieux  comprendre et apprécier l’artiste. Les journalistes culturels ont la responsabilité de mettre  en relief le génie créateur de l’artiste ou ces insuffisances. C’est ce qui favorise l’éducation artistique du public. Aider le public, c’est lui proposer des prescriptions, des analyses, des portraits et des critiques pour faciliter son choix de consommation. Un grand nombre de journalistes culturels et de critiques de presse en Côte d’Ivoire qui décident d’aller au-delà de la simple information pour analyser, critiquer ou donner une prescription, ne savent pas toujours bien le faire.  Il faut se former.

Les comptes rendu très utilisée par la presse culturelle ne prédispose pas le public à comprendre la création de l’artiste Seul le peut la prescription, l’analyse ou la critique. Les informations diffusées par les journalistes culturels  doivent accroitre ce que le public sait sur les arts et la culture. Les affiches  publicitaires donnent beaucoup d’informations au public sur les événements culturel. Si, l information publiée par le  journaliste culturel n’est de nature à accroitre ce le public sait déjà sur un événement a parti des affiches publicitaires, il décroche. C’est pourquoi Jérôme GARCIN dit qu’il ne faut pas prendre le public pour un ‘’CON’’. Proposer au public  des informations qu’il sait déjà, c’est le prendre un CON.  La presse culturelle ivoirienne au fil des années à subir une véritable régression due au manque de satisfaction du public. Au niveau des rédactions, la presse culturelle est marginalisée. Les conséquences sont flagrantes.

Les pages culture, dans bien d’organes de presse, sont systématiquement zappées au profit d’informations non-culturelles. Les postes des journalistes culturels sont mis en danger parce que les rédacteurs en chef estiment que n’importe qui peut animer une page culture. On assiste à une mauvaise appréhension du public vis-à-vis de l’actualité culturelle. Est-ce que cela a des conséquences négatives ?  Oui.. Les conséquences sont graves parce qu’elles créent la disparition des produits culturels, dont la perte de patrimoine culturel. Nous dévalorisons et perdons aux files des années des biens culturels matériels et immatériels parce que nous ignorons que ces biens sont pour l’éducation artistique et culturelle du public.

Le niveau de l’éducation artistique du théâtre, du cinéma, de la littérature, des arts plastiques, de la musique, de la danse, de la mode, etc. sont visible à l’œil nu en Afrique en générale t en Côte d’Ivoire en particulier. Nous connaissons tous l’audience de ces produits dans notre société. Les créateurs, les hommes de la production, les experts de la culture, les décideurs et les journalistes culturels doivent savoir qu’ils ont une grande responsabilité vue a vis-à-vis du public. Il faut bien comprendre ces choses.

C’est une grande ignorance et un grand obstacle au développement de la culture de penser que le public doit inconsciemment consommer les produits artistiques. Lorsque le consommateur comprend mieux la démarche artistique, ils participent au développement, car son langage change et sa perception pour l’artiste et de sa création change. Il se dit que ce produit est vital pour lui. Il ne faut jamais prendre le spectateur, les téléspectateurs, l’auditeur, le lectorat ou l’internaute pour un imbécile. Il a besoin des explications pour mener à bien son équilibre artistique et poli son appréciation des produits qui lui sont proposés.

 

Christian Hervé GUEHI

Journaliste culturel, critique d’arts

Expert en Communication et Médias

Spécialiste des questions de promotion des arts et de la culture par les médias

Auteur

Afficher plus

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page
Fermer
Fermer