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Disparition de Manu Dibango: Le Coronavirus isole son saxophone à jamais

Le Covid-19 vient de mettre un soupir de temps au beat légendaire de « Papy Groove » isolant à jamais son saxophone. L’artiste africain Manu Dibango est mort mardi matin à l’âge de 86 ans laissant derrière lui tout un peuple fier et satisfait de son apport à la culture musicale africaine. Avec les plus belles chansons de la musique africaine dont “WakafriKa” en 1992, “Négropolitaines” dont le deuxième volume lui vaut une Victoire de la musique, “Lamastabastani” en 1996 et “Kamer feeling” en 2001, Manu Dibango restera l’une des personnalités africaines les plus marquantes de ces 60 dernières années.

Le Covid-19 aura donc eu raison de Manu Dibango, l’un des plus grands et célèbres saxophonistes au monde. Il fallait attendre le matin du 24 mars en cette année 2020 pour parler de Manu Dibango non dans le sens de ses performances artistiques, mais de son contact avec le coronavirus pour annoncer son décès. Manu Dibango, est mort.

Si vous ne l’avez pas connu, alors faites un tour sur sa discographie légendaire, elle vous racontera à elle seule toute l’histoire de la musique de Dibango. De son nom à l’état civil, Emmanuel N’Djoké Dibango, né le 12 décembre 1933, de nationalité camerounaise, Manu Dibango était un artiste chanteur et instrumentiste pétri de talent qui a su imposer au monde sa philosophie musicale qui n’était rien d’autre que le brasage entre le funk et la musique traditionnelle camerounaise. Cette fusion fut un vrai succès. L’on s’en rendra compte avec son titre à succès « Soul Makossa’’ dans les années 1970, qui offrait ainsi au monde la « world music ».

Qui ne se souvient pas encore de cet opus de Dibango à l’endroit des Lions indomptables du Cameroun pour exprimer son patriotisme. Oui, son plus grand succès a été la face B de cette chanson pour soutenir l’équipe de football du Cameroun en Coupe d’Afrique des Nations. Cet opus avait même a été repris et popularisé par les DJ de New York.

Manu Dibango était un savant de la musique. Feu Michael Jackson, le roi de la pop l’avait su à ces dépends. En 2009, Manu Dibango accusait Michael Jackson d’emprunter un de ses crochets de son titre « Soul Makossa » pour deux chansons du légendaire album « Thriller ». Il fallait être Dibango pour le remarquer. Manu Dibango a offert à l’Afrique une identité musicale ‘’l’Afro jazz’’.

On ne cessera de le dire, l’Afrique vient de perdre un conservatoire de musique. Le coronavirus vient de bruler l’un des grands conservatoires de musique de l’Afrique et du monde entier. « Ses (Manu Dibango) funérailles auront lieu dans la plus stricte confidentialité, et un hommage à sa mémoire sera organisé lorsque cela sera possible », indique un message sur sa page Facebook officielle. Ses pairs continuent de le pleurer.

Le chanteur Youssou Ndour a twitté, « tristesse : Tu as été un grand frère, une fierté pour le Cameroun, et pour l’Afrique toute entière. Le monde de la musique perd l’une de ses légendes ».
La Côte d’Ivoire entière pleure ce grand homme. L’histoire de la culture musicale ivoirienne a été fortement influencée par la touche de Manu.

Le saviez-vous ? Manu Dibango, fut le premier directeur de l’orchestre de la Radiotélévision diffusion Ivoirienne nommé en 1976 par le Président feu Félix Houphouët-Boigny. Cet artiste de renommée mondiale a contribué à l’affirmation de plusieurs talents artistiques ivoiriens, dans le domaine de la musique, tels que Ernesto Djédjé, Lougah François, Justin Stanislas en 1968 en France. Il a encadré au début de leur carrière Daouda Koné dit Daouda le sentimental, Paul Nemin, Aïcha Koné, Jeanne Agnimel. Pour tous ses services rendus à la Nation, la Grande Chancelière le distinguera, au nom du Chef de l’Etat, dans l’Ordre National.

Manou Dibango et le saxophone, rien qu’un conte de fée

Dans sa quête du bonheur, Manu Dibango décide de quitter Douala, sa ville natale. En bateau, il joint Marseille, puis Saint-Calais dans la Sarthe. Dans ses bagages, « trois kilos de café », Manu savait pourquoi il emmenait avec lui ces 3 kilos. Il faut dire que ce produit était une denrée rare dans l’immédiat après-guerre. C’est d’ailleurs ces 3 kilos qui seront le titre de son autobiographie. Il savait que faire pour payer sa famille d’accueil. Puis il étudie à Chartres, où il fait ses premiers pas musicaux à la mandoline et au piano.

Dans cet univers blanc, l’adolescent qui, de son propre aveu, « ne connaissait pas la culture africaine », s’identifie aux vedettes afro-américaines de l’époque. Count Basie, Duke Ellington, Charlie Parker deviennent ses « héros ».

Manu découvre le saxophone lors d’une colonie de vacances, traîne dans le Saint-Germain-des-Près de Boris Vian. Mais l’homme qui devait devenir une méga star du saxophone 30 après, avait connu un échec au baccalauréat. Son père, mécontent, lui coupe les vivres en 1956. Il part alors pour Bruxelles, où il court le cachet, jouant de la variété.

Son séjour belge est marqué par deux rencontres fondatrices : la blonde Marie-Josée, dite « Coco », qui devient sa femme, et Joseph Kabasélé, chef d’orchestre de l’African Jazz. Dans l’effervescence des indépendances, le musicien congolais lui ouvre les portes de l’Afrique.

Manu Dibango le suit à Léopoldville (ancien nom de Kinshasa, ndlr) où il lance la mode du twist en 1962, puis ouvre une boîte au Cameroun. C’est le début de la fabrication du succès « Soul Makossa’’ dans les années 1970. Rappelons que Manu Bibango, la star de l’afro-jazz est l’une des premières stars mondiales à mourir des suites de COVID-19.

Christian GUEHI

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