Interview

Anzata Ouattara (Journaliste-Ecrivaine) à cœur ouvert dans le Fauteuil Blanc de l’UJOCCI !

Journaliste-écrivaine, auteure de plusieurs ouvrages à succès, Anzata Ouattara s’est prêtée au jeu des questions-réponses de ses confrères de l’Union des journalistes culturels de Côte d’Ivoire (UJOCCI), dans la rubrique « Fauteuil Blanc » sur la plateforme Whatsapp des membres de l’Union.

 

Quel a été votre cursus scolaire ?

Après le Baccalauréat série A, j’ai obtenu un diplôme en Délégation Médicale. Puis, je suis arrivée à Gbchi ! comme commerciale. Et c’est une fois dans le groupe que j’ai proposé la rubrique « Les coups de la vie » pour le compte de Go Magazine. Ensuite, j’ai obtenu ma licence et mon master respectivement à l’Istc et à l’Université de l’Atlantique.

 

Comment de commerciale, vous parvenez à convaincre votre hiérarchie à accepter votre proposition de rubrique « Les coups de la vie » ? Cela a-t-il été facile pour vous de pouvoir faire accepter votre idée surtout que vous ne faites pas partie de la rédaction ?

Cela n’a pas été facile. Cependant, le Directeur de publication m’a fait confiance. Je lui ai fait part du concept dans les moindres détails. C’était quelque chose d’innovant.

 

Vous arrivez à Go Média avec un diplôme de Déléguée médicale, vous occupez les fonctions de Directrice commerciale. Devant des journalistes professionnels, vous parvenez à imposer une rubrique qui devient très vite une vitrine. Anzata est-elle autodidacte ?

Oui, Anzata Ouattara est autodidacte. Ça ne me dérange pas du tout. J’ai commencé le métier en 2004. J’écrivais en tant que journaliste. Je n’ai pas honte de dire que j’ai usurpé le titre de journaliste pendant un bon moment. A contrario, je ne me disais pas journaliste forcement. Pour moi j’écrivais juste quelque chose que je sentais au plus profond de moi. C’était juste partager avec les lecteurs. Je peux même dire que ce sont les lecteurs qui m’ont poussé à être journaliste. De 2004 que j’ai commencé à écrire, c’est en 2012 que je suis partie à l’école de journaliste.

 

Pourquoi « Les coups de la vie » ?

C’est une inspiration d’une chanson de l’artiste Soum Bill que j’aime bien. Dans cette chanson, il y a un extrait qui dit : « Ce sont les coups de la vie, les larmes et les pleurs ». Je me suis dit que c’était le titre idéal pour nommer ma rubrique. Et cela a été validé par la direction.

 

 

 

Pensez-vous que « Les coups de la vie » est le substrat essentiel qui a fait la renommée de Go Magazine ?

Sans prétention aucune, je crois que cette rubrique a imposé le magazine aux lecteurs.

 

Certains disent que « Les coups de la vie » sont de la pure imagination écrite par Anzata Ouattara ou des membres de la rédaction. Est-ce vrai ?

C’est vrai qu’au départ, il nous a fallu raconter des histoires de notre entourage. Des histoires qu’on avait apprises çà et là. De nature, je suis très altruiste donc il y a des personnes qui venaient se confier à moi quand elles sont dans des situations de détresse. J’arrivais à les apaiser avec les mots qu’il fallait. On m’appelle souvent mère-poule, parce que j’écoute souvent les autres. Et donc, ce sont ces petites histoires qu’on me raconte que je retranscris mais sous le sceau de l’anonymat. Quand la rubrique a commencé à avoir du succès, on n’avait plus besoin d’écouter le voisinage. Parce que les lecteurs eux-mêmes m’appelaient pour raconter leurs propres histoires. Je suis devenue du coup, la confidente des lecteurs. Mais ce ne sont pas toutes les histoires qu’on me raconte que j’écris. J’avoue qu’il y a des histoires qui sont quand-même un peu délicates.

 

Vu le succès aujourd’hui de « Les coups de la vie », dans quelle catégorie d’écrivains doit-on vous classer ? Romancière ou essayiste ?

Je crois que je suis romancière et nouvelliste. J’écris des nouvelles, dont « Les coups de la vie ». Et après « les coups de la vie », j’ai écrit des romans. J’ai écrit 4 romans et 7 recueils de nouvelles.

A ce jour, combien d’ouvrages avez-vous et pensez-vous mériter le titre d’écrivain ?

A ce jour, j’ai 11 ouvrages dont 4 romans et 7 recueils de nouvelles. Est-ce que je mérite le titre d’écrivain ? C’est à vous de me le dire. Pour moi, l’écriture est un moyen d’expression. Je sais qu’il y a un public qui aime mes écrits. Pour ce public-là, je continue de travailler. Je suis auteure de ce que j’écris. Si c’est ce qu’on appelle écrivain, alors je suis écrivaine.

 

La rumeur dit pourtant que vous n’êtes pas écrivaine et que vous avez juste retranscris les histoires des gens. Que répondez-vous ?

A ceux-là, je dirai que je suis suffisamment intelligente. Et je pense que ceux qui se confient à moi sont suffisamment intelligents. Si je me servais des histoires des gens et prétendre que je suis écrivaine, on aurait entendu certaines personnes se plaindre de cela. Depuis 2004 que je fais ce métier, il n’y a jamais eu de plainte. Toutes les histoires qui paraissent dans mes ouvrages, ce sont des histoires écrites par moi-même. Pour le journal, on donne la latitude aux lecteurs, d’écrire leurs propres histoires. C’est dire que si vous avez une histoire à raconter, vous pouvez écrire à Go Magazine et votre histoire sera publiée dans le journal. Mais, ce qui est de mes ouvrages, je les ai écrits moi-même.

 

Les ivoiriens sont-ils autant ouverts pour raconter leurs peines à travers vos colonnes ?

Les gens se confient à moi assez facilement d’ailleurs. Et j’arrive à trouver des mots pour les apaiser. Je partage beaucoup de choses avec ces personnes qui m’appellent. Souvent, ce n’est pas forcement pour des histoires qu’on doit publier dans le journal. Mais ces personnes ont besoin d’une oreille. J’essaie de les écouter et leur apporter mon soutien face à certaines situations.

 

Contactez-vous ces lecteurs et lectrices dont l’histoire se retrouve dans votre livre ?

Je suis l’auteure. C’est vrai, les faits qu’on me raconte sont des tranches de vie. C’est-à-dire, quelqu’un vous raconte un bout d’une histoire. C’est une idée. Moi, le travail que je fais, qui n’est pas le travail que ferait un journaliste qui fait son compte-rendu, c’est déjà de recueillir ces histoires qu’on me raconte. Je romance et je fais en sorte d’ajouter un décor. Un plus que j’ajoute à ces histoires. Seulement, je garde le fond. C’est donc un travail qui vient de moi. Ce n’est pas l’histoire intégrale de quelqu’un. Ce sont des faits de société que je romance avec toutes les émotions qui vont avec.

 

Grâce à vos ouvrages, vous êtes devenue une femme célèbre en Côte d’Ivoire. Comment se sent Anzata dans son rôle de femme ?

Je me sens très bien en tant que femme. C’est vrai que je n’ai pas véritablement cherché cette popularité. Elle s’est imposée par la force des choses. Je suis contente de ma situation sociale et tout va bien.

 

On sait que vous êtes mariée, toutefois, vous est-il déjà arrivé d’avoir un penchant amoureux pour un monsieur désemparé qui vous explique ses problèmes ?

Non. (Rire). Vous m’imaginez en train d’aggraver le problème que je devrais résoudre ? Quelqu’un qui a déjà ses problèmes, vous voulez que j’en rajoute ? Dieu merci, cela ne m’est jamais arrivé et je prie même pour ne pas que cela arrive.

 

Comment le journal Go Magazine prend-t-il aujourd’hui votre célébrité ?

Je pense que le Directeur de Publication vous dira la même chose. Il est assez fier de moi. Il le dit très souvent d’ailleurs. Toute l’équipe est simplement fière de moi.

 

Si vous n’aviez pas eu la chance d’intégrer l’équipe du groupe Go Média, pensez-vous que vous seriez devenue la grande Anzata célèbre d’aujourd’hui ?

Je ne sais pas vraiment. Mais, je me dis que c’était certainement ma destinée. J’avais beaucoup d’ambitions avant même d’écrire « Les coups de la vie » dans Go Magazine. Ces petites histoires que je raconte aujourd’hui, ces petits faits, je me disais que c’était des faits de sociétés, des faits divers qu’on pouvait en faire des films. Déjà, à l’époque j’avais ça en tête. Et c’est bien après que j’ai intégré l’équipe de Go Magazine et j’ai proposé la rubrique au Directeur de publication. Avec les pages du magazine, on pouvait ainsi créer l’interaction avec nos lecteurs et développer le champ de lecteurs. En un mot, je pense que c’est ma destinée, c’est Dieu qui a voulu.

 

Quelle a été votre réaction immédiate quand vous aviez appris que vous êtes best-seller Librairie de France Groupe ?

Être best-seller de la Librairie de France groupe, c’est avec le Tome 1, précisément en 2010. Le Tome 1 est sorti en 2009. Je vous avoue que jusqu’à présent, je n’arrive pas à expliquer ma réaction. C’était vraiment avec grande joie quand on m’a annoncé la nouvelle. Je courais dans tous les sens. Je criais partout que je suis best-seller devant Blé Goudé qui, à l’époque avait sorti un ouvrage et Biton également. J’étais première, Blé Goudé qui était deuxième et Biton troisième. J’ai trouvé que c’était vraiment immense. Après ce prix, j’en ai eu d’autres. 8 ou 9 autres prix, dont 5 de la Librairie de France groupe.

 

Quelle est la plus grosse somme déjà encaissée pour vos revenus d’édition d’ouvrage ?

Pour être honnête, « Les coups de la vie » marchent bien. Dieu n’aime pas ceux qui ne sont pas reconnaissants. C’est vrai que ce n’est pas tous les mois que je perçois mes droits d’auteur, mais ça marche bien quand je dois les percevoir.

 

En combien de temps avez-vous écrit tous ouvrages ?

Le temps pour écrire un ouvrage. Je ne fonctionne pas comme les autres écrivains, qui prennent leur temps. Quand une idée me vient, je prends note et lorsque je décide d’écrire, c’est en un trait. Je me retire une semaine ou dix jours quelque part et je boucle avant de sortir de ma résidence d’écriture. C’est comme ça je fonctionne. Je ne sais pas écrire doucement. C’est vrai, après la résidence d’écriture, je peux encore faire des retouches mais là, il ne reste plus grand-chose.

 

De 2004 à 2020, quel bilan peut faire Anzata Ouattara ?

Déjà, je peux dire que je suis très fière de mon parcours. C’est un parcours assez atypique. De déléguée médicale à écrivaine, aller encore à l’école à l’âge de 38 ans pour devenir journaliste. Ce n’était pas du tout évident. Je ne dis pas forcement qu’il faille me suivre, mais je me dis que c’est à encourager. Il faut quand-même avoir du courage pour aller encore à l’école à 38 ans parce que j’avais des objectifs à atteindre.

 

Quel a été le pire moment de votre carrière ?

Le pire moment de ma carrière, c’est lorsqu’après la crise postélectorale en 2011, le siège d’Edipresse a été brûlé par des assaillants. Je venais de sortir le tome 3 de « Les coups de la vie ». Tout est parti en fumée. Ça a été un coup dur. Mais, on nous a quand même dédommagés. Pas à la hauteur de ce qu’on avait perdu. On ne s’y attendait pas même d’ailleurs.

 

Et votre plus beau souvenir ?

Mon plus beau souvenir, c’est lorsqu’on a sorti le Tome 1 de « Les coups de la vie ». On a minimisé les demandes donc on a sorti 5.000 exemplaires. Un mois après, « Les coups de la vie » Tome 1 était en rupture. C’est l’un de mes plus beaux souvenirs. Après ça, j’en ai connu d’autres.

 

La question du harcèlement sexuel dans les rédactions. En avez-vous déjà été victime ?

Non, harcèlement sexuel non. Seulement, quelques clients lorsque j’étais commerciale. Il y avait même un client qui a refusé une commande parce que je ne cédais pas à ses avances. Mais dans la rédaction, non.

 

Comment est-ce que vous avez réussi à vous organiser entre votre boulot, votre vie de famille, votre passion qui est l’écriture et l’autre passion cachée, la couture ? Comment on fait pour être aussi active ?

La couture c’est une véritable passion. J’ai toujours aimé dessiner depuis toute jeune. Dès que j’ai eu l’occasion, j’ai installé mon atelier de couture parce que j’en avais marre que les couturiers me prennent tout mon salaire. Je suis passionnée de mode. A côté de ça, il y a l’écriture qui était quelque chose que j’avais déjà en moi. Je ne l’avais pas senti et Monsieur Zohoré m’a peut-être aidé à l’extérioriser. Tout ce que je fais, je le fais avec beaucoup de plaisir. Tout le travail que j’abats, c’est pour le bien-être de la famille. Donc du coup, je ne sens pas les difficultés. Tout boulot est difficile mais je le fais avec amour pour le bien-être de la famille.

 

D’où est venue l’idée de faire de « Les coups de la vie » un film ?

En ce qui concerne les films, c’est une idée de Lili Production, dirigée par Franck Vlehi qui est le producteur. Avant Lili Production, plusieurs autres sont venus nous voir pour produire « Les coups de la vie ». Certains même, sans demander la permission ont toujours pris deux ou trois mots dans les textes. Comme c’était des trucs qui n’étaient pas bien tournés, on les a laissé faire.

Les producteurs qui sont venus, on ne les a pas acceptés parce qu’on sentait que ça n’allait pas être un bon travail. Franck a pu nous convaincre avec un pilote que nous avons validé. Finalement, il est allé vers A+ qui a accepté d’être partenaire au projet. Voilà ce que ça donne aujourd’hui. On n’était pas dans le domaine, mais on avait le souci de bien faire les choses.

 

Anzata peut-elle s’aventurer à écrire sur les autres genres littéraires, notamment le théâtre et la poésie ?

On ne dit jamais « jamais » mais j’avoue que ce sont des genres qui sont tellement difficiles. Je félicite d’ailleurs ceux qui s’aventurent dans ces genres littéraires-là. Le théâtre et surtout la poésie que je trouve tellement difficiles. Je tire mon chapeau aux poètes. Je ne me vois pas signer une œuvre poétique. Je trouve géniale la poésie mais je trouve ça très difficile.

 

Quelle a été la contribution de l’actuel président de l’ANP, Monsieur Samba KONE dans votre parcours professionnel ?

Samba KONE a été l’imprimeur des Magazines Go Mag et Gbich ! pendant une longue période. En plus de ça, il a pris le projet de Go Magazine. C’était lui le bailleur de fonds du journal au départ. Au départ, personne n’y croyait, mais Samba KONE y croyait. Je pense qu’il est très fier aujourd’hui. Le journal a pu s’imposer. Depuis très longtemps, malgré les difficultés commerciales que connait la presse, le journal fait les meilleures ventes sur le marché. En plus, il a préfacé une de mes œuvres. C’est un grand frère pour qui j’ai beaucoup d’estime.

 

Pourquoi avec toute vous célébrité, vous n’avez jamais été nommée Red chef de Go Magazine ?

Ce poste ne m’a jamais intéressé. Par contre, je suis commerciale dans l’âme. Donc j’ai occupé la direction commerciale de Go Magazine pendant toute la période où j’étais en plein temps là-bas. Maintenant, je ne suis pas à Go Magazine en plein temps. Je dépose juste mes rubriques à Go Magazine parce que je suis sur plusieurs fronts et je ne peux pas assurer le service commercial.

Quand j’ai commencé à gravir les échelons, j’ai tout arrêté pour retourner à l’école, courir derrière mes diplômes. Après l’obtention du diplôme, je suis rentrée au Conseil constitutionnel en tant qu’attachée de presse du Président Wodié.

 

Comment avez-vous vécu le départ du Professeur Wodié du Conseil Constitutionnel ?

Le jour, j’ai dit à Monsieur Zohoré que j’avais fini ma formation et que le Professeur Wodié m’appelait pour être son attachée de presse, il m’a dit quelque chose que je ne vais jamais oublier. Il m’a dit si tu réussis à travailler avec ce monsieur qui est si rigoureux, c’est que tu pourras travailler avec le Président de la République, Alassane Ouattara. Et j’ai travaillé 5 mois avec le Président Wodié. Malheureusement, c’est pendant que j’étais avec lui qu’il a démissionné pour des raisons que je n’évoquerais pas ici. Ça ne me regarde pas. Mais c’était une très bonne collaboration. Il était rigoureux sur tous les plans. Et j’ai beaucoup appris auprès du Professeur Francis Wodié.

 

Déléguée médicale, directrice commerciale, journaliste, attachée de presse, écrivaine. Quelle est la prochaine étape ?

En plus de tout ça, Anzata est Directrice Générale de Mona Edition. Ma propre maison d’édition. J’ai édité 4 de mes ouvrages : Safora, Odeur de la haine, Un rêve presqu’impossible, Ferlah. Et j’ai édité l’œuvre de l’humoriste Le Magnific. J’ai édité Odille Goudou.  J’ai édité Aminata Koné Cissé. Je m’apprête à éditer deux nouveaux pour très bientôt.

 

Après tout ce parcours. Anzata envisage-t-elle une carrière politique ?

Tchiéé ! (Rire). Carrière politique ? Non, non je n’ai pas ça en projet. Mais comme je vous le disais tantôt, on ne dit jamais « jamais ». A un moment, il y a certains parents de ma région qui m’ont demandé d’être leur candidat pour être député. Mais ça ne m’a pas intéressé. A deux ou trois reprises. Même à la mairie mais j’ai refusé.

 

Comment vous avez vécu le confinement ?

C’est avec beaucoup peines. C’est beaucoup d’activités qui sont tombées à l’eau. J’avais une quinzaine d’établissements à visiter. C’est dire, conférences et dédicaces. C’était vraiment programmé et bien callé. J’envisageais même un voyage sur la France au Salon du livre. Un autre voyage à Ségou, pour le salon du livre de Ségou. La situation de la Covid-19 a fait que tout est tombé à l’eau. Ce qui m’a fait plaisir, c’est que je venais de réimprimer « Les coups de la vie » qui étaient en rupture pendant une longue période. Je craignais que ça ne reste en librairie. Mais c’était le contraire, la librairie m’a fait savoir que les plus fortes demandes en ce moment, c’était « Les coups de la vie ».

J’ai passé beaucoup de temps dans mon atelier de couture pendant ce temps. Je me suis rapprochée aussi d’avantage à la cuisine.

 

Est-ce que vous comptez faire de votre style d’écriture et de vos livres une école littéraire pour la nouvelle génération ?

Mon style d’écriture a été pendant longtemps critiqué par des auteurs. Mais comme je le dis, c’est pour moi un moyen d’expression. J’écris comme je sens. C’est un style que j’ai imposé malgré les critiques. Aujourd’hui, je vois qu’il y a des gens qui utilisent cette simplicité d’écriture.

 

Un conseil pour ceux qui veulent faire comme vous aujourd’hui… tant dans le journalisme que dans la littérature ?

Mon parcours est assez atypique. Je ne peux pas dire aux gens de passer d’abord par la délégation médicale, de « taper poteau », revenir faire un peu de commerce et puis commencer à écrire. Non, c’est difficile de le dire. Le seul conseil, c’est de dire aux gens de ne pas arrêter la course tant qu’ils ne sont pas encore arrivés. L’écriture, c’est un métier assez noble. Mais, ce n’était pas une ambition pour moi d’être écrivaine ou d’être journaliste. Je les voyais tellement grand que je n’avais jamais eu l’idée d’en devenir. Par la force des choses, j’y suis rentrée et j’ai aimé. Et là, je ne me suis pas arrêtée-là. Je me suis dit, au lieu qu’on me rappelle chaque fois que je ne suis pas journaliste, pourquoi ne pas aller à l’école pour avoir le diplôme de journaliste et exercer librement.

 

Aujourd’hui votre œuvre est retranscrite au cinéma et a un grand succès. Quel est votre sentiment ?

Je suis contente. C’est un rêve qui se réalise. Il y a encore d’autres œuvres que des producteurs épient.

 

Qu’en est-il de la saison 2 de « Les coups de la vie » ?

La saison 1 s’est super bien passée. Elle a connu l’adhésion des ivoiriens et des africains. C’était une satisfaction. A+ Ivoire a aussi apprécié la collaboration. Ils ont accepté la saison 2. N’eut-été le coronavirus, on serait déjà passé au casting. Vu le retard, ça sera certainement en 2021.

 

N’est-ce pas tout ce que vous avez vécu que vous retranscrivez dans « Les coups de la vie » ?

Mon parcours a certes construit ma personnalité. L’idée de « Les coups de la vie » n’est pas fortuite. Mais mon destin était certainement de partager mon expérience avec des gens en difficulté. Aujourd’hui ça paye.

 

Un souvenir que Anzata garde de son enfance.

Tout le monde disait que j’étais une bonne élève. Mais à un moment donné, j’ai déconné quand-même. J’ai vécu avec ma tante et je voulais tellement rejoindre mes parents à Bondoukou pour ça, j’ai déconné toute une année qui m’a fait rater l’année scolaire. Ce retard m’a vraiment fait mal. Parce que ça n’a pas eu son résultat escompté.

 

Ecrivaine, que compte faire Anzata pour promouvoir la lecture et le livre ?

Je pense que je suis l’un des auteurs de la Côte d’Ivoire qui fait beaucoup la promotion de la littérature. Depuis 4 ans, j’ai initié « Les coups de la vie » tour. C’est une caravane de sensibilisation à la lecture. Elle a lieu chaque année en fin novembre et début décembre à travers les villes de l’intérieur du pays. On a visité beaucoup de villes. San Pedro, Bondoukou, Bouna, Tanda, Daloa, Korhogo… ça se passe toujours bien. On est arrivé à la conclusion que lorsqu’on se déplace avec le livre à l’intérieur du pays ça marche. La lecture n’a pas perdu sa place dans nos habitudes, c’est juste qu’il n’y a pas de politique pour la promouvoir.

 

Après avoir été la confidente de mille et une personnes en peine. Quel est le coup de la vie que vous n’oublierez pas de sitôt ?

Il y en a assez quand même. Mais celle qui m’a marqué, c’est l’histoire d’une femme désespérée qui est venue me voir. Elle venait de tuer son fils. L’enfant avait fait une bêtise et elle trouvait que son papa le chouchoutait trop. Elle voulait lui donner une correction et malheureusement l’enfant est mort. Elle n’avait pas souhaité que l’enfant meurt. Surtout que c’était son unique fils.

 

Vous êtes aujourd’hui un modèle pour beaucoup de personnes en matière de réussite professionnelle et littéraire. Mais, on vous trouve souvent timide, renfermée et inaccessible. Pourquoi cela ?

Je suis timide, c’est vrai. Mais inaccessible, non. Je pense que c’est plutôt les gens qui n’ont pas le courage de venir vers moi. Les gens disent que je suis un peu sévère. Mais ceux qui me connaissent savent que ce n’est pas vrai. C’est une impression sinon je suis très ouverte.

 

Comment arrivez-vous à gérer la famille et le travail ? Quel conseil donneriez-vous aux jeunes mères et épouses qui veulent évoluer dans le même domaine que vous ?

La chance que j’ai eue, c’est que j’étais déjà épouse avant le succès. Je me suis mariée assez jeune. Je me suis mariée à 20 ans. Je comptabilise 26 années de mariage. J’ai grandi dans le mariage, j’ai tout eu dans le foyer. Le succès ne peut rien changer à ma vie familiale surtout que c’est à elle que je consacre tout ce succès.

 

« Les enfants du secret ». Quel souvenir vous rappelle ce titre ?

C’est la toute première histoire de « Les coups de la vie ». C’est l’histoire que j’ai prise pour séduire mon patron pour qu’il accepte la rubrique « Les coups de la vie ». Quand je lui ai dit que je voulais une rubrique dans laquelle les gens allaient raconter leurs déboires, il n’a pas aussitôt acquiescé. Il a fallu que je lui conte l’histoire de cette dame qui n’arrivait pas à faire un enfant. Avec la pression de la belle famille, elle est allée contracter une grossesse dehors qu’elle a attribuée à son mari qui était en réalité celui qui faisait le blocage.

C’est ce qui a fait que j’ai pu avoir le poste d’animatrice de la rubrique. Je dois tout à cette histoire.

 

Les violences conjugales. Qu’en pensez-vous ?

Les violences conjugales, je remercie Dieu parce que je n’ai jamais connu ça. Je ne suis pas capable de supporter ça. Quand ça commence, il faut partir et très vite.

 

26 ans de mariage. Ne vous est-il jamais venu à l’esprit de divorcer ? Quel est votre petit secret pour la longévité dans le couple ?

Je n’ai jamais pensé à divorcer. Je viens de la région du nord-est. Bondoukou. Chez nous, on nous éduque pour être dans le foyer. On est conditionné à ça depuis l’enfance. Et c’est d’ailleurs très tard que je suis rentrée au foyer. A 20 ans pour une fille de chez nous, c’est trop tard.

 

Vous êtes d’une région où le taux de scolarisation de la jeune fille est minime. Avez-vous pensé une fois à les sensibiliser au travers de vos écrits ?

Les choses ont beaucoup changé maintenant. C’est vrai qu’à l’époque, la jeune fille ‘’bondoukouène’’, c’était pour faire du nounou ou le mariage précoce.  Mais, aujourd’hui, les lignes ont bougé. Les parents ont compris, les filles vont à l’école.

 

Votre prénoms Anzata a-t-il une signification particulière ?

Anzata, c’est Aissata. C’est le nom de l’épouse du prophète de l’Islam. A Bondoukou, on dit Anzata.

 

Anzata et les coupes de cheveux… quelle histoire ?

J’ai toujours eu des cheveux courts. C’était le style de ma tante chez qui j’étais depuis l’enfance. Elle ne voulait pas de longs cheveux.

 

Comment votre famille vit votre succès et quelle est son degré d’implication dans vos écrits ?

Ma famille apprécie bien ce que je fais. Mes enfants surtout. Au début, mon époux n’était pas du tout réceptif. Mais par la force des choses, il a compris que c’était ma passion et il me soutient.

Ils ne sont pas vraiment en train de suivre mes traces, mes enfants. J’ai une fille qui a 20 ans, elle suit une formation de comptabilité. Les garçons sont encore petits. Je les amène à lire.

  

Propos retranscrits par De Kouassi

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